Destitution de Zoé Kabila : voici ce que l’opinion ne sait pas !

Par 24H.CD

La motion de censure votée par 13 députés de l’Union Sacrée de la Nation contre Zoé Kabila et tout son gouvernement demeure au centre des débats.

Si un grand nombre d’analystes semblent voir la question du côté politique, beaucoup d’enjeux entrent cependant en compte.
Et à ce sujet, 24H.CD a réuni des éléments qui ont participé à la destitution de Zoé Kabila, un concours des enjeux politiques, extra-politiques et stratégiques.

Des circonstances politiques

Après la rupture de la coalition FCC-CACH, des observateurs avérés ont vu planer la destitution du gouverneur Zoé Kabila. Suite au refus de celui-ci d’adhérer à l’union sacrée de la nation, le gouverneur de la province du Tanganyika se faisait tirer de tous les côtés. Ses détracteurs politiques ont trouvé une occasion de fomenter des histoires invraisemblables à son endroit pour attirer l’attention du président de la République sur le Tanganyika.

Ayant perdu le contrôle du grand Katanga, Moïse katumbi cherche à tout prix à reprendre son influence notamment sur le Tanganyika. Même si l’apport de développement de cet ancien gouverneur du Katanga dans l’ancien district du Tanganyika est toujours matière à contester, il est évident que son goût absolu de garder sa notoriété sur cette entité est toujours présent.
C’est donc vraisemblable que la réussite de Zoé Kabila a la tête du Tanganyika suscite une certaine adversité.
Avec le démembrement de l’ex-Katanga, les œuvres de Jacques kyabula dans le Haut-katanga, Richard Muyej dans le Lualaba et Zoé Kabila dans le Tanganyika ont prouvé que Moïse katumbi n’était pas le seul dirigeant capable de marquer de son empreinte sur les désormais provinces autonomes découpées du Katanga.

Avec huit députés provinciaux élus sur les listes de l’ensemble pour la République de Moïse katumbi, le Boss du TP Mazembe est donc un élément important dans la déstabilisation de la gouvernance de Zoé Kabila.

A ce sujet, l’on devrait s’interroger sur les motifs qui ont poussé Katumbi à se désolidariser de Martin fayulu et d’Adolphe Muzito au sein de la coalition LAMUKA.
Les observateurs savent qu’il s’agit évidemment de la volonté de contrôler les entités Issues de l’ex-Katanga qui l’ont entre autres poussés à coaliser avec le président Félix Tshisekedi, devenant ainsi l’une des personnalités influentes de l’Union sacrée de la nation.

La relation Katumbi-Mwando

Moïse katumbi et Christian Mwando sont les deux ténors d’ensemble pour la République. Et à ce titre, il est politiquement explicable que les deux hommes qui ont travaillé pendant environ huit ans à Lubumbashi aient le même agenda.

Nul n’oublie que Christian Mwando est deux fois candidat malheureux au gouvernorat du Tanganyika ; d’abord face à Richard Kitangala en 2016 et Zoé Kabila en 2019.
Dans ce contexte, l’envie pressante de destituer Zoé Kabila Mwanzambala , son Challenger direct est toujours là.
Pour preuve, l’actuel vice-président de l’Assemblée provinciale du bureau Virginie Nkulu Nemba issu du putsch institutionnel est le suppléant de l’ancien « argentier du Katanga ».

Alexis Katempa président fédéral de l’Union nationale des démocrates fédéralistes au Tanganyika n’exécute que les vœux de son autorité morale Christian Mwando que Samma Lukonde sur ordre de Félix Tshisekedi vient de nommer au ministère national du plan.

Tous les ingrédients étant mis ensemble, place à la partition Katumbi-Mwando au Tanganyika.
Ceci étant, tous les motifs sont bons pour évincer coûte que coûte Zoé Kabila de son bureau du gouvernorat, l’esprit de revanche n’étant pas à écarter dans ce qui se passe à Kalemie.

L’ombre de Modeste Bahati Lukwebo !

L’actuel président du Sénat est pour beaucoup dans les manœuvres qui ont conduit à la destitution du gouverneur du Tanganyika. Modeste Bahati qui, non seulement est en désaccord avec Joseph Kabila, il a de grands intérêts qui le poussent à conspirer contre Zoé Kabila.
La société ciment Lac de Kabimba, poste administratif situé à 60km au Nord de Kalemie a été pendant quelques années sous le contrôle du président national de l’alliance des forces démocratiques et alliés AFDC-A.
Mais depuis peu, Zoé Kabila a repris cette cimenterie qu’il a confié aux Chinois avec l’objectif de moderniser l’équipement de production de l’unique société de production de ciment de la province.

Dans son actif le plus jeune gouverneur de la République Démocratique du Congo a ramené à Kabimba, des équipements pimpants neufs pour la relance de la société qui a fait parler du Tanganyika comme lieu de production de ciment gris.

Le jeu de Bahati au Tanganyika s’inscrirait également dans la reprise de Ciment Lac. Et pour y arriver, il faut user de toutes les voies pour éjecter Zoé Kabila. Le zèle du rapporteur de l’Assemblée provinciale Cyril Kimpu Awel, fils de la sénatrice Vicky katumwa, membre influente de l’AFDC-A en est la preuve.
En clair, le départ du frère cadet de Joseph Kabila de la province du Tanganyika est un grand boulevard ouvert à Modeste Bahati pour la reprise de cette société vieillissante !

Et Tshisekedi lui-même ?

C’est la question qui demeure pendante. Quelle serait la responsabilité du président Félix Tshisekedi Tshilombo dans la destitution cavalière et contestée du gouverneur de la province du Tanganyika ?
Sans l’affirmer, toutes les odeurs d’une implication directe de la présidence du pays ont été senties.
De manière illustrative, la délégation des députés nationaux et sénateurs arrivée à Kalemie pour détecter une nouvelle majorité au sein de l’Assemblée provinciale du Tanganyika ont promis de « tout broyer  » à leur passage.

Ce broyage consistant en l’installation illégale d’un nouveau bureau à la tête de l’Assemblée provinciale, il est aujourd’hui raisonnablement porteur de la destitution de Zoé Kabila moyennant quelques billets aux députés de l’Union sacrée de la nation.
Parmi les preuves d’une implication du président Félix Tshisekedi, la prise à partie des militaires et policiers de Kalemie dans l’affaire qui a opposé les députés du FCC et de l’USN à Kalemie.
Sauf avis contraire, personne en dehors du commandant suprême ne peut mouvoir les forces de sécurité y compris le renseignement au pays, si ce n’est le président de la République lui-même.
Les policiers et militaires qui ont campé à l’Assemblée provinciale du Tanganyika pour y interdire l’accès aux élus du Front Commun pour le Congo ont sûrement reçu un ordre de haut niveau.
Comme si cela ne suffisait pas, des policiers, militaires et agents de renseignement en tenue civile ont même bafoué le sacro-saint principe d’inviolabilité du parlement en pénétrant dans la salle de plénière pour arrêter les députés Hamba Kajilo John et Kibombo de l’AFDC-A qui ont juré de ne pas adhérer à l’Union sacrée du président de la République.

En plus, des informations colportées par les différentes personnes sur Zoé Kabila auraient mis la puce à l’oreille de Félix Tshisekedi.

Besoin de contrôler les gisements miniers ?

Les mécontents de la gouvernance de Zoé Kabila sont nombreux. Depuis toutes ces années, d’importantes quantités d’or et de coltan sont exploitées et exportées dans les pays voisins comme la Tanzanie, la Zambie et le Burundi.

La province du Tanganyika à travers le port de Kalemie place cette entité en pole position pour les affaires.
De Kalemie, tout peut partir notamment le bois rouge qui a même été exploité par les étrangers et les politiques qui attendaient de Zoé, une bonne collaboration dans le développement de cette industrie mafieuse à travers la livraison des permis d’exploitation du bois.

Il n’y a que des analystes avertis qui savent que le gouverneur Zoé Kabila, entouré de bons conseillers en matières environnementale et écologique a su arrêter l’exportation de la plante de santal vers la Tanzanie,la Zambie et le Burundi portes de départ pour toutes les destinations commerciales du monde.

Le commerce illégal de l’huile et feuilles de cet arbre a fabriqué des petits riches !

Pour info, les feuilles de Santal sont utilisées dans la fabrication des parfums les plus chers et les plus convoités par les milliardaires occidentaux et l’huile issue des graines de Santal sert à embaumer les cadavres des familles des privilégiés du monde.
Et en République Démocratique du Congo la plante de santal se trouve à foison en territoires de Manono et Moba où Zoé Kabila a mis un mécanisme efficace de contrôle qui a arrêté la contrebande.

L’environnement et l’écologie étant parmi des secteurs prioritaires, il a eu l’œil du gouverneur averti qui a mis des cales dans la machine à exploitation et exportation illégales qui tournait à plein régime !
De cette façon il a contribué à la sauvegarde des espèces de la faune et de la flore menacées.

Des enjeux multiformes

Zoé Kabila est aussi victime de son succès.
Le connaissant acteur dans le monde des affaires, certaines personnalités trempées dans un affairisme humiliant pensaient pouvoir faire affaire avec lui.
L’on sait qu’à Kalemie, plusieurs personnalités vivent par exemple de l’exportation du bois rouge pourtant prohibée.
Certaines autorités militaires et policières ont été accusées de coopérer avec les pirates marins sur le lac Tanganyika et les coupeurs des routes, pilotant un important cartel enrichissant.
Les produits pétroliers ont été au centre d’un arrangement sans nom entre les opérateurs économiques et les agents publics œuvrant au port international de Kalemie.

L’exploitation et la vente illicite d’or et de coltan a été une des activités principales de plusieurs opérateurs économiques et politiques qui ont longtemps soit coopéré avec les services ou simplement réussi à s’enrichir au détriment du trésor public.

En ce qui est du coltan, le Tanganyika est le rare coin du monde où une industrie extractive organisée est installée dans la localité de Kisengo dans le territoire de Nyunzu.
Cependant l’on sait que Manono et Kalemie sont également riches en coltan,un enrichissement facile pour tous.
Des politiques aux privés passant par les multinationales, qui ne serait pas intéressé par cette matière qui concoure à la fabrication des téléphones portables et qui alimente notamment la convoitise extérieure ?

Les ports privés ont été l’une des activités lucratives installées sur les côtes du lac Tanganyika et du fleuve Congo…Toutes ces activités qui ont constitué par le passé une bonne partie de l’enrichissement de certains individus ont été avec l’avènement de Zoé Kabila, contrôlé par l’état, bannies ou canalisés au Trésor public, de quoi multiplier le nombre de mécontents.
Toutes ces personnes qui ont exercé dans la contrebande ont été du côté de ceux qui ont fait tomber Zoé Kabila.

Si par le passé la province du Tanganyika comptait des barrières illégales de rançon de la population ou encore des barrières de péage, tout ceci a été supprimé et ces barrières ont été maintenues pour assurer la sécurité de la population.
Mais en réalité, les autorités militaires et policières qui tiraient profit quotidien des finances des barrières appelées communément “rapport  » ont eu de quoi se venger du blocage de Zoé Kabila sur ces activités illicites en appuyant les députés de l’Union sacrée dans leur démarche.

En effet, le gouverneur Zoé Kabila a verrouillé tout le système mafieux qui faisait fonctionner la province. Et comme on le sait bien, la maîtrise de différentes activités irrégulières a contribué à la stabilisation de la situation sécuritaire.

Sur le plan stratégique, là où pilulent les activités illégales, le crime s’invite à grand pas.
Les bandits de grand chemin étant mis hors d’état de nuire, ZK a su préparer le terrain qui lui a permis de remporter plusieurs batailles au grand dam de tous ceux qui profitaient du désordre pour s’enrichir par tous les moyens, même les plus obscurs.

Fort de tous ces motifs, tout porte à croire que l’éviction de Zoé Kabila est simplement la conséquence de son leadership incarné dans tous les domaines de la vie de la province du Tanganyika. Son départ devrait faire énormément plaisir non seulement aux politiques mais également à tous ses opérateurs de tous les secteurs confondus

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